17 novembre @ 18h30 – 20h00
« Walter Benjamin (1892-1940) n’aura cessé de s’intéresser au langage d’une façon originale. Dans un texte inspirant et difficile écrit à l’âge de vingt-quatre ans, resté inédit de son vivant, et qui constitue en quelque sorte la matrice de ses travaux à venir, il déploie son hypothèse fondamentale: et si le langage n’était pas d’abord, contrairement aux apparences aveuglantes, un instrument de communication, un simple moyen (Mittel) d’exprimer quelque chose, mais plutôt le milieu (Medium) au sein duquel toute communication devient possible ? Le langage ne relèverait alors pas essentiellement de la communication mais, comme le suggèrent les versets bibliques, de la nomination, c’est-à-dire de l’aptitude à saisir le langage muet des choses pour lui conférer une forme plus parfaite – ce que fit, à en croire le jeune Benjamin, Adam nommant les animaux que Dieu lui présentait. Que dire alors de la traduction ? On ne saurait – c’est la thèse du célèbre article « La tâche du traducteur » – la réduire au passage d’une langue à une autre, frayant aux lecteurs étrangers un accès à l’original. Elle serait en ce cas inessentielle, secondaire. Or, tout langage est traduction et celle-ci vise à rendre patente la « parenté des langues », à réactiver autrement dit le souvenir de la langue adamique et l’ardente aspiration à son retour, mais sous une forme neuve, discrètement évoquée par certains textes prophétiques. »
Docteur en histoire et sémiologie du texte et de l’image, agrégé de philosophie, Gilles HANUS enseigne la philosophie dans le secondaire et dirige, depuis vingt-trois ans, les Cahiers d’études lévinassiennes. Il est l’éditeur scientifique de nombreux livres de Benny Lévy et a traduit depuis l’allemand plusieurs lettres et textes de Franz Rosenzweig. Ses livres prennent la forme d’essais, consacrés à une lecture des textes philosophiques ou à l’examen de thématiques plus larges (le collectif, le tact, la mémoire), traitées toujours dans une mise en regard des concepts et des textes – notamment du texte biblique lu en hébreu.
Il a publié douze livres, parmi lesquels :
– Échapper à la philosophie ? Lecture de Lévinas, Verdier, 2012.
– Benny Lévy, l’éclat de la pensée, Verdier, 2013.
– Penser à deux ? Sartre et Benny Lévy face à face, L’Âge d’homme, 2013.
– L’Épreuve du collectif, Verdier, 2016.
– Sans images ni paroles : Spinoza face à la révélation, Verdier, 2018.
– Quelques usages de la parole, Hermann, 2019.
– Une langue unique. Rousseau, Babel et la civilisation, Eliott, 2024.
– La parenté des langues. Langage et traduction selon Walter Benjamin, Eliott, 2026.

